TTF au Sénat !

… et ourdissages impromptus.

Trois membres de la Collégiale – Balbina, Lucie et Benjamin – ont eu la joie de se retrouver à Paris pour une rencontre avec la sénatrice Catherine Dumas, co-rédactrice du rapport n°601 (2021) sur le Patrimoine Culturel Immatériel et membre du groupe Métiers d’art au Sénat, sollicitée par TTF.

Tripler la densité de la chaîne : trois tisserands prévus, neuf qui se retrouvent

Cette belle journée du quinze septembre nous a permis de constater une nouvelle fois la vitalité légendaire de notre réseau.

Pour commencer, notre chère Caroline, autre membre de la Collégiale, de passage à Paris pour de toutes autres raisons, a pu profiter de l’occasion pour un peu de villégiature tisserande en notre compagnie.

  • Première étape : visite de l’Atelier des Tissages d’Astrid-Laure Hadacek, Paris XXe, un charmant espace tout empli de beaux métiers et accessoires anciens et récents, d’ici et d’ailleurs, illuminé par le sourire de sa propriétaire, la joie des retrouvailles et le soleil délicat de cette fin d’été. Autour d’une tasse de thé, vos représentants s’émerveillent mutuellement des échantillons qu’ils présenteront plus tard à Catherine Dumas : « tartans gaulois » de Lucie, qui nous parle de leurs couleurs, quelques féériques étoles en armures Bronson et deflected double weave de Balbina – lauréate en 2025 d’un prix « Jeunes talents » (CMA Île-de-France) et du 1er prix « Jeune Créateur » (CMA Val-d’Oise, 2025), rappelons-le – , un petit carré de saori à insertions de lirette en trame liée et un masque d’inspiration africaine à bordures en galons, avec tresses, torsades et barbiche sergée en chaîne re-enlissé pour Benjamin. L’éclectisme a encore frappé.

  • Midi : visite improvisée de la Tisserie Parisienne, à un jet de pierre de l’atelier d’Astrid. Christine Noyer, la fondatrice, et Marie Géant, salariée de l’association, d’abord un peu surprises de voir arriver notre quatuor, l’accueillent à bras ouverts et présentent leur activité de valorisation de stocks dormants par le tissage et pour l’architecture d’intérieur, pendant qu’une jeune stagiaire japonaise ourdit une chaîne en fil de pêche au destin d’abat-jour. Second déballage de nos échantillons et une petite présentation informelle de TTF auprès de nos hospitalières consoeurs.

  • À l’heure du café, nouvelles retrouvailles rue M. Le Prince avec notre chère amie Françoise Dumas, membre et « rapporteuse » du groupe Formation de TTF sollicitée pour l’occasion. Les échanges commencent à s’orienter vers notre rendez-vous au Sénat, ce que nous sommes, ce à quoi nous aspirons, sans omettre les débats (éternels, espérons-le !) qui font la dynamique de nos grandes et petites rencontres : sur un créneau de trois heures, faut-il initier les « premiers tissants » sur des métiers chaîne montée ou bien leur faire expérimenter les joies nécessaires de l’ourdissage ?…

Dans le bureau de la sénatrice

17h30 : Entrée du trio dans le bureau de Catherine Dumas, pour un échange qui va s’avérer tout à fait cordial auprès d’une responsable politique qui nous a paru sincèrement concernée par le sujet.

Après une présentation de notre réalité de tisserand(e) – sa beauté, sa précarité, sa diversité, quelques chiffres, quelques témoignages significatifs, un historique de l’association dans la continuité des efforts du Syndicat Professionnel de Tisserands de Bretagne… – la discussion portera en grande partie sur le thème d’une éventuelle reconnaissance du tissage français au Patrimoine Culturel Immatériel de l’UNESCO.

Notre interlocutrice attire à la fois notre attention sur les bienfaits que l’on peut en espérer à terme (sans entrer dans le détail) et la lourdeur du parcours de reconnaissance. Les conditions : une équipe motivée et à peu près disponible, la collaboration d’un historien ou d’une historienne, d’un ou d’une anthropologue (nous avons déjà quelques pistes), un ou deux délégués politiques pour rencontrer de temps en temps nos élus et autres décideurs, les conseils d’autres artisans dont le savoir-faire est déjà reconnu au PCI…

Une réelle opportunité ? Le risque d’une perte de temps et d’énergie ?… Quoi qu’il en soit, l’aventure reste tentante, ne serait-ce que pour les bénéfices « secondaires » au sein de TTF, pour la connaissance de notre métier.

Si nous souhaitons oeuvrer avec les politiques, une étape complémentaire pourrait être de frapper à la porte de la future ou du futur Ministre de la Culture après constitution d’un gouvernement en 2027. À ce sujet, Benjamin a pu échanger avec Paul Molac au forum des associations de Limerzel dimanche dernier, le député proposant de faire en temps utile une relance de la lettre adressée l’an passé à Rachida Dati, alors Ministre de la Culture, suite à son rendez-vous avec Bruno Lesteven et Benjamin. À suivre (?).

« Tissage français », c’est quoi-qu’est-ce-t-il ?

Avant toute chose, cibler l’objet n’est pas une moindre tâche ! « Tissage artisanal français », « tissage en métier d’art » ? Ces notions, bien moins précises que la dentelle d’Alençon ou la tapisserie d’Aubusson, et si l’on ramène le tissage à sa définition la plus simple – une chaîne, une trame – recouvrent des savoir-faire aussi variés que le tissage aux cartes, la tapisserie haute-lisse ou le tissage à bras (c’est-à-dire à lance-navette). Qui plus est, aucun de ces savoir-faire n’est réellement une spécificité française : on galonne, on tapisse en haute-lisse et on « lance-navette » à peu près de la même manière au Danemark qu’en Espagne ou au Canada. Quant aux savoir-faire liés strictement aux matières, comme la soie, le lin ou le chanvre, il écarterait d’office la plupart des adhérents de TTF…

Nous pourrions éventuellement cibler les métiers faisant usage d’un peigne en forme de cadre « fermé », ce qui n’exclurait d’un éventuel dossier de candidature à l’UNESCO « que » le galonnage, le tissage à tension dorsale, la haute-lisse (pesons ou double ensouple) et la tapisserie, relativement peu représentées au sein de TTF. (Entendons-nous bien : il ne s’agirait nullement d’écarter lissières et galonneuses de l’association, bien au contraire – nous ne parlons ici que de stratégie politique.) Rajouter l’usage de cadres rigides (dont peigne envergeur) plutôt que de barres de lisses préciserait encore le champ… Après tout, rappelons-nous que le plus ancien métier connu répondant à ces critères, daté des alentours de l’an mil, a été retrouvé à Charavines, sur le site des chevaliers-paysans du lac de Paladru, Isère… en France, donc.

Ces questions peuvent porter de fructueux échanges au sein de l’association. Tous vos avis sont déjà plus que bienvenus et il y a quelques chances que le sujet soit à l’ordre du jour du prochain Grand Ourdissage. Rendez-vous en Ariège !

Visite de l’Atelier des Tissages d’Astrid-Laure Hadacek, Paris XXe

Défiler vers le haut